#La musique en choeur sur le web

Avant de nous pencher sur la communication digitale de l’artiste musical, il me semble nécessaire d’aborder quelques faits capitaux concernant l’industrie musicale et les perturbations que connait cette dernière suite à la révolution numérique. Celle-ci modifie substantiellement la manière de consommer la musique, et ce principalement auprès des plus jeunes tranches d’âge des Digitales natives. Nous abordons d’abord dans ce chapitre la diversité des supports d’écoute. Nous développons ensuite le paradigme de consommation dominant sur le web, à savoir la gratuité, ce qui inclut évidemment le téléchargement illégal. Nous voyons alors quelle est la réaction de l’industrie du disque face à ce paradigme dont le corollaire principal est la menace qui pesant sur le support physique Compact Disc.

Une diversité des supports d’écoute

La musique pouvant être écoutée et partagée sous format numérique, la menace qui pèse sur la pérennité du Compact Disc ne cesse de croître. Baladeurs MP3, GSM et ordinateurs personnels sont les nouveaux lecteurs d’une musique stockée dans une mémoire et non plus sur un support physique. Comme le dit Gilles Rettel, « Un enfant qui naît aujourd’hui n’aura, dans 15 ans, jamais utilisé de supports ». Les modes de consommation de la musique semblent donc bien évoluer.

La gratuité au coeur de l’échange

D’un point de vue économique, l’échange de données sur Internet est basé la logique du don/contre-don : un utilisateur qui apporte une information sans valorisation commerciale sur la toile incite alors d’autres utilisateurs à se rendre sur le Net (ce que l’on appelle l’effet de réseau) et à fournir eux aussi de l’information gratuite (effet de réciprocité), évitant alors les risques financiers encourus par le caractère probablement inutile de l’acquisition de cette information. De plus, dès lors que le récepteur dispose d’un accès à la toile et des logiciels permettant la lecture de l’information, l’acquisition et la diffusion de l’information se font en effet à un coût marginal quasiment nul sur Internet. Nous assistons à un comportement de coopération dans l’échange. La gratuité est au coeur des comportements des internautes.

Cela n’est pas sans conséquence pour le domaine musical. L’apparition des réseaux peer-to-peer permet d’échanger de l’information entre ordinateurs sans passer par un serveur centralisé. La musique est devenue un service que l’on s’échange gratuitement. En effet, pourquoi un consommateur paierait-il une vingtaine d’euros pour un CD quand il peut se procurer gratuitement son contenu sur la toile ? Pourtant, la plupart des oeuvres musicales sont soumises au droit d’auteur, prérogative des acteurs de l’industrie musicale leur assurant une rémunération. En effet, le producteur désire couvrir ces coûts variables, tout comme l’artiste souhaite couvrir ses coûts fixes de création.

Réaction de l’industrie musicale face au téléchargement illégal

L’industrie musicale au sens large, forte de plus de trente années d’expérience sur le marché, a réagi à la menace digitale en adoptant une forme de communication basée sur la mise en garde et s’est tournée vers le législateur pour tenter de trouver un juste équilibre, notamment en interdisant le téléchargement illégal. La controversée loi Hadopi propose « une suspension temporaire de l’abonnement à internet, pour une durée de trois mois à un an, soit une injonction de prendre des mesures préventives, par exemple la mise en place d’un logiciel de sécurisation de l’accès au web à tout utilisateur ayant recouru de manière récurrente au téléchargement illégal de contenu soumis au droit d’auteur.

Il semble pourtant que cette attitude répressive ne soit ni efficace, ni constructive. Rudy Léonet, directeur de Pure FM, traduit la situation en ces mots : «l’industrie musicale a fait de très mauvaises opérations de relations publiques en prônant la traque, la réprimande et la punition plutôt que d’aller vers ses publics et d’être à l’écoute». Ainsi prend-il l’exemple de Metallica qui demande à Napster la liste de tous les internautes ayant téléchargé leur album illégalement pour les virer de leur liste officielle de fans. On ressent directement que cette manière d’opérer ne peut apporter de solutions efficaces.

Le support CD menacé

La diversification des supports d’écoute et les comportements des internautes ont pour corollaire la diminution de l’usage du CD. Le téléchargement légal, service longtemps boudé par les maisons de disque, contribue également au phénomène. De fait, plus de 20% des ventes de musique sont réalisées sur Internet. En France les recettes provenant du marché digital de la musique ont connu une hausse de presque 50%. Et selon Sony Music, la vente électronique de musique dépassera la vente physique d’ici 2013.

Il est donc important de noter que ce n’est pas l’industrie musicale qui se porte mal mais bien l’industrie du disque. Si le marché du disque meurt en tant qu’industrie, c’est seulement sous sa forme actuelle. La musique est elle, bien vivante. C’est par voie numérique que le public accédera demain à la musique, aux films, aux biens culturels en général. À mesure que le consommateur adopte les nouvelles formes dématérialisées, le support matériel perd son sens. Ainsi, la consommation de musique croit, mais la manière de la consommer est différente.
Face à la baisse des ventes de CD, les maisons de disques tentent de s’adapter à l’environnement numérique. Mais bien que la vente digitale croisse rapidement, le
contexte économique les oblige à générer des revenus à court terme. En conséquence, elles diminuent le nombre de signatures et investissent uniquement dans des artistes dont elles sont persuadées de la rentabilité. Selon un porte-parole du distributeur numérique Believe, « 99% des artistes qui frappent aux portes des maisons de disques sont rejetés et leurs créations n’atteignent jamais les rayons des magasins, disparues avant d’avoir une chance d’exister… ».

La révolution numérique influence substantiellement le contexte musical. Diversité des supports d’écoute, gratuité, téléchargement illégal, menace de disparition
du support CD et posture économique fragile des maisons de disques semblent en être les principaux fondements.
C’est un cadre particulier pour les artistes musicaux. Certains, en majorité ceux ne bénéficiant pas d’une notoriété importante, choisissent d’abandonner leurs droits d’auteurs au profit d’une libre circulation de leurs oeuvres. Ils délaissent les maisons de disques pour se focaliser sur une autopromotion dans l’espoir qu’elle constituera un embrayage pour d’autres sources de revenus et de notoriété telles que les concerts par exemple. L’artiste n’a qu’une envie, c’est qu’on l’écoute et qu’on aime ce qu’il fait, peu importe le moyen par lequel la musique a été produite et est parvenue au public.

C’est sur ces artistes que me pencherait dans un prochain article « Artistes et communicaton 2.0« .

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :