#Bonsoir, je m’appelle Cécile et je suis chômeuse…

Petite rappel d’un précédent article

Burn out, c’est quoi ?

  1. L’épuisement émotionnel. Représente la dimension stress.
  2. La dépersonnalisation. Correspond à la composante interpersonnelle.
  3. La réduction de l’accomplissement personnel. Représente la dimension d’autoévaluation.

En recherche d’emploi, voici les 4 stades que j’ai connu…

  1. Enthousiasme
  2. Stagnation
  3. Frustration
  4. Apathie

Contradiction entre définition du burn out et mes états psychologiques perso

Je vivais une contradiction en lisant cette définition. J’avais toujours associé la notion de burn out à celle de la suractivité professionnelle et cette définition me rappelait d’abord ce que j’avais vécu en étant sans emploi. C’est cette curiosité qui m’a donné envie de développer cet article que j’aurais pu appeler, par opposition, le burn out du désœuvrement professionnel.

Mon burn out à moi

Dire qu’un chômeur est un chercheur d’emploi est un raccourci qui n’a guère d’autre but que de réduire son existence sociale et psychologique à ce qu’elle a de moins dérangeant. En réalité, un chômeur quand il le devient est tout sauf un chercheur d’emploi, il n’a aucune notion de ce que cela signifie réellement, et ce qui l’attend avant d’être en capacité de chercher et de trouver un emploi est un chemin difficile truffé de pièges. Pour certains, pour ceux qui s’embourbe dans l’enfer de ces pièges, c’est l’exclusion, l’isolement, et parfois l’anéantissement.

J’ai été au chômage total ou partiel pendant près de 4 ans (Période d’inactivité, petites missions..). Je peux dire que une de mes plus longues expériences professionnelles.

Le chômage de longue durée n’est pas un état en soi. Il est la conséquence d’une succession de processus qui s’engage dès lors que le chômeur ne rebondit pas immédiatement après la perte de son emploi. De multiples raisons simples peuvent expliquer cette absence de rebond immédiat : l’état consécutif à la perte d’emploi (choc émotionnel, dépression, stress lié à la peur, perte de repère, etc.), un évènement indépendant (naissance d’un  enfant, break voyage, divorce, accident, etc.), la non préparation à l’exercice difficile de comprendre, marqueter et vendre sa compétence, une mobilité trop faible compte tenu du contexte familiale, etc.

Cette absence de rebond dans les premiers mois du chômage propulse le chômeur dans une phase ou chaque échec conduit progressivement à la perte de confiance en soi, à l’isolement social et psychologique, et enfin à la perte d’identité.

Je suis entrée dans cette phase du chômage à 39 ans, en fracture affective et existentielle (donc fortement déstabilisée), jeune maman de 2 enfants en bas âge (donc peu flexible/mobile), dans l’incapacité d’exercer mon ancien métier de formatrice du fait de ma nouvelle situation familiale, dans l’indécision des orientations à donner à mon avenir professionnel. Je n’avais pas le profil gagnant. J’ai fait mon cv, fait mon bilan de compétences, ciblé différents types de postes/métiers, et je suis entré dans le quotidien des chercheurs d’emploi, les petites annonces, les offres de pôle emploi, les candidatures spontanées, les opportunités du copain d’un copain, etc. J’ai passé des mois et des mois dans un monde durci par la crise et la compétition professionnelle, à naviguer d’un courrier à l’autre, d’un rdv à l’autre, d’un espoir à l’autre, d’un refus polis à l’autre, quand il y en avait un, ou quand je n’étais pas purement et simplement victime de ce réflexe répulsif du monde professionnel face au chômeur (*). Chaque échec était l’occasion de douter un peu plus de moi-même, de mes capacités, de la pertinence de mes projets. Chaque échec était l’occasion de ne plus me reconnaitre, de perdre la considération que je cherchais à m’accorder, de ne plus accepter celle des autres, en particulier des professionnels, de m’exclure ainsi de leurs réseaux. Progressivement le regard des autres me devenait insupportable, jusqu’à ne plus supporter celui de mes proches, je m’isolais inexorablement.

Licenciée du monde du travail et licenciée du monde social

J’ai découvert le « vrai »  regard porté par l’administration sur les chômeurs, ces hommes et ces femmes qui ne sont plus des assistantes de direction, des commerciaux ou des formatrices mais des chercheurs d’emploi, dont on mesure la valeur à leur capacité à ne plus l’être et dont on oublie souvent le vrai métier et la vraie compétence. Mon identité se résumait chaque jour un peu plus à un état psychologique gangréné par cette obsession du retour coute que coute à l’emploi, et par cette réduction de ma dimension professionnelle. J’avais un nouveau patron : pôle emploi, et un nouveau travail : trouver un job. Et ce qui devait arriver arriva, mon patron m’a licenciée, pôle emploi m’a radié, pour insuffisance de performance, je n’étais pas assez « bon chercheur ». Au bout du compte, après m’être fait licenciée du monde du travail, je me faisais licencier du monde social. J’avais atteint le bout, je n‘étais plus grand chose, et j’étais seule.

 (*) qui n’a pas fait ce simple constat que face à 2 profils rigoureusement identiques un employeur choisit toujours ou presque le postulant en activité au détriment du postulant au chômage, alors même qu’une personne en recherche d’emploi présente de facto des atouts propres à son état : disponibilité immédiate, sur-motivation, exigences négociables, etc.

Le marché de l’emploi n’existe pas…

Le retour à l’emploi

J’étais allée au bout de moi-même, au bout de mon courage et de ma force, et pourtant j’avais échoué. J’ai commencé à comprendre que le « marché » de l’emploi, en tant que tel, n’existait pas, que l’emploi s’il existait ne se trouvait plus dans les supports classiques des organisations d’aides à l’emploi, mais qu’il fallait aller le chercher là où il se trouvait, au sein des réseaux professionnels.

Je me suis rendu compte que la société m’avait accompagnée dans cette perte d’identité sociale et personnelle, que le regard que les autres me portaient était finalement le miroir du mien. En faisant l’expérience d’une petite mission très ponctuelle de consulting qui ne changeait rien à ma situation, j’avais remarqué que le simple fait de dire : « je suis au chômage et dans l’attente je fais quelques missions de consulting » changeait radicalement le regard que ces mêmes gens me portaient lorsque je me contentais d’un « je suis au chômage ».

« Déconstruire » son isolement

Aussi anecdotique et superficiel pouvait être ce constat, je crois que c’est lui qui m’a fait réagir. J’ai décidé de « déconstruire » l’isolement que j’avais bâti et de retrouver une existence au sein des réseaux professionnels. Au fil de ma longue période de chômage, je m’étais petit à petit investie dans les réseaux sociaux, domaine que j’avais autrefois bien connu à l’époque des tous premiers blogs. Comme il me fallait exister dans le cadre d’une « activité » et en même temps développer un contenu relayant le discours que j’avais en situation relationnelle, j’ai développé 2 blogs spécialisés sur des thèmes professionnels à fort pouvoir de séduction et ne demandant pas d’expertise particulière : le premier était une hyper revue de presse de tout ce qui se racontait d’important ou d’anecdotique dans la presse marketing digital, le deuxième était une synthèse de l’avancement des concepts de Social CRM, sujet suffisamment émergeant pour que mon travail apporte une valeur ajoutée sans que je sois particulièrement experte du domaine.

Renouer avec les milieux professionnels

C’est ainsi que jouant sur les « petites missions ponctuelles de consulting », sur la production régulière de contenus sur mes 2 blogs, sur la tribune des réseaux sociaux, et en acceptant de fréquenter les lieux et évènements prisés des réseaux professionnels que je visais, j’ai progressivement réussi à me faire connaitre et à renouer avec un monde susceptible de me proposer des opportunités d’emploi. J’avais réussi mon pari et fait le chemin inverse de celui qui m’avait conduit à l’isolement total.

Mais les opportunités ne se présentaient toujours. J’avais pourtant un profil parfaitement lisible, je fréquentais des milieux à fort gisement d’offres d’emploi dans mon domaine, j’étais a priori appréciée. L’idée m’est venue que j’en avais peut être trop fait, que ce « profil » que j’avais façonné au travers de mes blogs, de mon discours et de mes interventions sur les réseaux sociaux, était peut-être trop impersonnel, qu’il manquait de « vérité », de dimension personnelle pour être crédible ou inspirer confiance.

Être soi-même

J’ai donc décidé de créer des contenus  plus représentatifs de ma sensibilité, de mes valeurs et convictions, de mes goûts et plaisirs, et j’ai également fait évoluer mon comportement en société pour m’y dévoiler plus intimement. J’ai compris qu’au-delà de mes compétences purement opérationnelles, ce qui intéressait tout autant mes contacts étaient d’évaluer les affinités pouvant exister entre eux ou leurs projets et moi. En tant qu’experte des réseaux sociaux je n’étais qu’une consultante parmi d’autres mais sur le plan personnel j’étais unique. Cette prise de conscience a été profondément rassurante car en acceptant d’être enfin moi-même, j’acceptais également de ne pas plaire à tous, preuve que je recouvrais ma confiance en moi.

Je travaille maintenant depuis 8 mois, j’aime ce que je fais, je suis appréciée, les affinités de l’équipe sont fortes, et je poursuis mes activités annexes en particulier la fréquentation des cercles professionnels que j’avais investis, tout cela de façon harmonieuse.

Le marché de l’emploi a changé. Les employeurs recrutent aussi des potentiels personnels.

Le « marché » de l’emploi a changé et nous devons accepter 2 choses.

  • La première c’est qu’avec la vitesse d’évolution des métiers et de l’entreprise les employeurs ne recrutent plus seulement un « profil professionnel » mais également un potentiel personnel. Ce potentiel personnel ne se cache pas dans les cv, pour le dévoiler il faut aller au contact des autres.
  • La deuxième est le corollaire de la première : aller au contact veut dire fréquenter ce que j’appelle maintenant les réseaux de l’emploi (par opposition au « marché » de l’emploi qui ne signifie plus rien) et trouver le moyen d’exister au sein de ses réseaux (par l’exercice d’une activité personnelle par exemple, proche du monde professionnel qu’on souhaite fréquenter).

En sachant qu’au-delà de tout ce qu’on peut faire le ciment de la réussite tient d’abord à la confiance en soi, et s’il y a quelque chose à ne pas perdre au chômage c’est bien cela.

Ce que j’ai appris aussi…

Vous rencontrerez des gens qui profiteront du caractère corvéable de votre situation, du fait que vous êtes prêt à tout acceptez pour provoquer une opportunité. Il faut bien évidemment suivre et se laisser « manipuler » mais vous n’avez pas intérêt à le faire sans condition. Vous êtes en activité (même en recherche d’emploi), vous êtes un professionnel, faites vous respecter !

La confiance en soi est le ciment de la réussite. 

11 Commentaires

  1. ballon

    L’employé de bureau se doit d’être un bon produit. Bien markété et surtout rentable. Il doit représenter un bon retour sur investissement potentiel.
    Une fois embauché, le produit doit continuer à plaire, il doit être « de la bonne came ».
    « J’ai acheté ce truc et franchement c’est pas mal, je suis pas déçu pour l’instant ».

    Je connais bien les métiers du maketing et de la communication.
    Les produits qui marchent le mieux, sont les produits récents (jeunes) et jargoneux, ceux qui donnent l’impression de la compétence et de la nouveauté.
    Un produit bien emballé donne toujours l’impression d’être meilleur qu’il ne l’est en réalité.

    Aujourd’hui, comme ce que l’on consome, il faut raconter une histoire, embarquer un mythe par son attitude, son jargon, son « bon sens » et sa « proactivité ».

    Donner l’illusion d’être bon compte plus que de l’être réellement.
    Un mythe qui se raconte effectivement dans les réseaux, plus que sur le marché de l’emploi.

    Etre soi-même dans cette situation, c’est dire « ce qu’il y a dedans », c’est offrir de la « traçabilité »… comme un boeuf.

    Cette volonté de savoir ce que l’on consome est une tendance d’actualité. Ce qu’il y a vraiment dans le produit, seul celui qui le fabrique le sait.

    Racontez une histoire pour vous vendre et restez attentif pour fidéliser.
    Quand on s’habitue trop à vous, lancez « la nouvelle recette avec encore plus de chocolat ».

    • Merci pour ce commentaire… J’ai du mal à « raconter des histoires », cette nouvelle façon de communiquer, je manque d’authenticité… Et faire de soi un produit marketing n’est pas toujours simple surtout lorsqu’on ne sait plus qui on est, ce qu’on vaut, où on va..

  2. J’avais une consultante en outplacement (déjà le mot est une hérésie pour moi) qui me disait : « Antonia, tu ne ‘TE’ vend pas, tu vends tes compétences. »

    A l’ère du Personal Branding, je persiste à croire qu’elle avait tort. Et que d’abord ce sont nos charmes que l’on met en vente. Nos atouts. Et notre capacité à vendre nos charmes mieux que la voisine, le voisin.
    D’ailleurs ne dit-on pas : je ne vais quand même pas me prostituer pour ce job ? En tout cas, moi, ca m’est arrivé de le penser et le dire. Et de me désespérér de ne pas avoir raccolé aussi bien que la dite voisine ou voisin pour obtenir ce job. BIenheureux soit celui qui a été épargné par cette descente aux enfers. Il ne sait pas encore de quoi son demain sera fait.

    Cécile, tu m’as scotchée avec cet article. J’aurai aimé l’écrire. Je me conterai de le commenter.
    Je m’y suis retrouvée dans ton périple, quand j’étais perdue pour le marché de l’emploi, perdue pour mon étiquette sociale et professionnelle, perdue pour Pole Emploi, perdue pour mes relations et surtout mes proches qui ne me reconnaissaient de toutes façons pas. Pas plus que moi d’ailleurs.
    Et puis je m’y suis retrouvée aussi dans tes mots quand je me suis moi-même enfin retrouvée dans mon désir de cesser d’être dans ‘leur » cadre et de déterminer le mien : celui de l’authenticité. Je me suis retrouvée quand j’ai recommencé à fréquenter des ‘réseaux » professionnels atypiques. Je me suis retrouvée dans toutes tes étapes. De la perte d’emploi, à la désaffection de soi, à la radiation de pole emploi, au burn-out, à la dépression destructrice, suicidaire, et à la reconstruction laborieuse de la confiance en soi. Y compris la dernière étape. Tout accepter. Même ce qui pourrait sembler dévalorisant ou régressif pour ceux qui « gèrent leur carrière ». Pour ne pas rester à ne plus être personne. Une personne. Une professionnelle. Mais surtout se respecter soi-même pour être respectée par l’autre. Et apprendre à dire STOP et NON. Je l’expérimente tous les jours avec la mission du moment.
    L’humilité, l’authenticité, la générosité, la transparence sont des valeurs sures. Des valeurs qui ne me déçoivent pas. Je mise sur elles. Gros. Chaque jour de ma nouvelle vie professionnelle.
    Et je suis récompensée en retour.

    Et surtout NOUS nous sommes trouvées, Toi et Moi : au dernier apéro des SlashGen.
    Une révélation, un miroir de moi avec quelques 10 ans de moins. Et déjà tellement de sagesse.
    Hâte de te revoir pour partager encore davantage. Nos expériences communes. Nos sensibilités à fleur de peau. Nos déboires auxquels trinquer. Nos échecs qui s’avèrent parfois nos réussites les plus enrichissantes. Nos façons d’être et de nous comporter par le passé et à l’avenir.
    Et pourquoi pas Nos projets d’avenir…

    La confiance en soi est le ciment de la vie.

    • Très joli commentaire Antonia🙂.. C’est une jolie conclusion pour mon article, Merci !
      Et on va nous recroiser vite, et dans la vie ne pas oublier qu’il n’y a pas de hasard…

  3. sylvie

    Je me retrouve dans ce que vous racontez sur cette entrée dans le chômage et cette perte de confiance qui se creuse un peu plus à chaque entretien qui n’aboutit pas. Moi aussi, j’ai perdu mon emploi à 39 ans, un âge difficile où l’on vous fait sentir que vous êtes « vieux ».
    J’ai suivi la même stratégie que vous : ouvrir un blog et écrire des articles. Mais pour le coup, j’ai rompu avec les secteurs dans lesquels je travaillais jusque-là, je ne pouvais plus y rester, cela me renvoyait à chaque fois à ce licenciement, sans parler de quelques crocs-en-jambe. J’ai commencé à écrire sur des thèmes que je n’avais encore jamais abordés dans mon métier (le journalisme). Effectivement, cela ne suffit pas. Il faut aussi se montrer, rencontrer les gens, qu’ils voient qui est derrière le blog. Je n’ai pas encore retrouvé d’emploi mais au fur et à mesure, de plus en plus de personnes acceptent de répondre à mes demandes d’interviews, le blog s’installe petit à petit…. et j’écris sur des thématiques passionnantes.

    • Bonjour Sylvie… Merci pour votre commentaire… Vous avez dû vous retrouver dans ces quelques lignes car les longues périodes de chômage sont des chemins difficiles à parcourir et seuls les « randonneurs » peuvent en comprendre la souffrance… Donnez-nous le nom de votre blog que j’aille le parcourir🙂

  4. Pingback: Où il est question de chômeuse qui vend ses charmes, de reconstruction résiliante et de … Personal Branding ! | URBAN EPISTOLA

  5. Pingback: #Bonsoir, je m’appelle Cécile et je suis chômeuse… | Résistance Inventerre

  6. Bonjour, pourriez-vous svp retirer la photo qui sert de vignette à votre article? J’en suis la propriétaire et je ne souhaite pas qu’elle soit utilisée (sans autorisation, peut-être ne pouviez vous pas savoir qu’elle n’était pas libre de droits). Merci, cordialement. gAlly

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :