#La gentillesse, la vertu des perdants…

Certains trouvent la gentillesse ringarde ou molle, voyant un signe de faiblesse ou de naïveté dans un monde cynique. Elle ne fait plus bon effet. Peu la considère comme une valeur moderne, résolument positive, faite à la fois de générosité, de bienveillance et d’altruisme, allant à contre-courant de notre société individualiste.

On croit parfois tout simplement que dans la vie, il vaut mieux être égoïste pour réussir et se faire respecter, à moins de vouloir être une bonne poire ou un saint. Enfant, on a appris la méfiance, et à ne pas parler aux inconnus. Puis on a compris qu’à l’école, être gentil faisait « fayot » ou « lèche-bottes », et que pour être accepté, il valait mieux se moquer de celui qui tombait plutôt que de l’aider à se relever. Dans le monde souvent impitoyable des adultes, on a parfois aussi dû apprendre à ses dépens que pour grimper les échelons, il fallait écraser les autres.

Il arrive fréquemment que la gentillesse soit considérée péjorativement sous l’angle soit de la manipulation (une séduction pour arriver à ses fins) soit de la vulnérabilité (une timidité consistant à ne pas savoir dire non, et à être prêt à tout pour être aimé… quitte à être instrumentalisé).

Le gentil ignore ses propres désirs et peut donc parfois faire figure de perdant que les cyniques pourront facilement manipuler à leurs fins. Mais le fait de nier ses désirs au profit de l’autre pourrait aussi paraître altruiste, s’il ne s’agissait en fait d’obtenir sa reconnaissance, voire son amour. C’est une séduction pour que personne ne nous abandonne ni ne nous agresse. C’est un moyen subtil de ne pas prendre ses responsabilités, puisqu’on ne fait que répondre à la volonté supposée de l’autre. Si le risque encouru est qu’on abuse de cette serviabilité excessive, ou pire, qu’on soit rejeté par l’autre s’il se sent envahi par notre gentillesse, le vrai danger est avant tout de se couper de soi-même, de ses propres ressentis et besoins.

Alors faut-il être gentil ?

Pourquoi la gentillesse attire l’animosité et nous rend si vulnérable ?

Pourquoi chez un enfant, la gentillesse est naturelle et que chez l’adulte, être gentil c’est « être trop con » et finalement peu considéré ?

Pourquoi les plus généreux sont toujours seuls quand ils demandent de l’aide ?

Est-ce finalement une vraie fragilité plutôt qu’une richesse ?

Un gentil se doit de donner mais ne doit surtout pas avoir la prétention d’avoir besoin de recevoir. Cette qualité n’a plus la cote à l’ère du chacun pour soi. Beaucoup de gens trouvent ce plaisir incroyable, « pas normal » ou du moins hautement suspect. On en est venu à penser l’être humain comme étant dépourvu de générosité naturelle. Nous sommes pour la plupart convaincus qu’en tant qu’espèce nous sommes profondément et foncièrement hostiles les uns aux autres, que nos motivations sont égoïstes et nos élans d’affection des formes de protection. En un sens, la gentillesse est périlleuse parce qu’elle repose sur une sensibilité aux autres, sur une capacité à s’identifier à leurs plaisirs et à leurs souffrances. Finalement la vraie gentillesse nous rend vulnérable et malheureux, et la solitude est le prix inévitable à payer pour nous préserver de cette qualité.

3 Commentaires

  1. René Boucher

    Et bien Cécile quel envol lyrique! Tu avais disparu de mon chant favori, avec tes colères et tes ferveurs, justement gentilles. je te retrouve intacte, après une longue absence.
    Continues ta lutte. tant que tu n’es pas désespérée par l’égoïsme et une gouvernance du fric, qui n’a ni odeur ni couleur (politique) Moi je suis usé; sans renier un yota de mon passé.
    Je t’embrasse en couleurs.

  2. Emma

    Ne pas s’occuper et avancer sinon tu claques les discours et les caresses dans le sens du poil pour ne pas froisser on s’en tape la vie est injuste les mauvaises herbes gagnent toujours un peu plus d’espace sur les terres cultivables et quand bien même on les éradiques à coup de pesticides c’est alors la terre qui est devenue impropre…Alors on avance et on s’ancre un peu plus au sol n’écoute plus les discours Peace and love ça nous conforte mais ça nous dessert…des kisses

  3. Hélas, « trop bon, trop con » n’a jamais été autant d’actualité que de nos jours. Les gens n’osent plus être gentil pas uniquement par égoïsme, mais parce que cette qualité n’est plus appréciée à sa juste valeur.

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