Mais pourquoi parles-tu toujours par énigmes?  Je les résous toutes, dit le serpent.

Je suis allée voir « Le Petit Prince »,  j’ai beaucoup aimé et j’ai aussi tant regretté….

Je connais ce livre par coeur, la moindre réplique, la moindre virgule… Je le parcours depuis toute petite, toujours bercée par la voix de Gérard Philippe et il m’accompagne dans la vie depuis sa rencontre. Ses pensées me sont indispensables : certaines sont toujours parmi les choses à ma portée, où que je sois. Ici même elles sont près de moi. A chaque lecture, un monde me saisit : le bonheur, la richesse, l’insondable grandeur d’un monde. J’ai vécu quelque temps dans ce livre, J’y ai appris ce qui vaut, selon moi d’être appris ; mais surtout je l’ai aimé. Et cet amour me fut mille et mille fois rendu, et quoi que devienne ma vie, ce livre traverse, le tissu de mon être, comme une fibre essentielle, mêlée à celles de mes propres épreuves, de mes déceptions et de mes joies. Il s’est ouvert devant moi, un livre de splendeurs et de pénétrations. Plus on le lit, plus il apparaît que tout y est : du parfum le plus léger de la vie à la pleine saveur de ses fruits les plus lourds. Il n’est rien là qui ne soit compris, saisi, ressenti, et – à la résonance vibrante du souvenir – reconnu. Rien n’y est petit. Le moindre événement se déroule comme une destinée, et la destinée elle-même s’y déploie comme un tissu, ample et magnifique, dont chaque fil, conduit par une main infiniment douce, se trouve pris et maintenu par cent autres. Vous allez connaître le grand bonheur de lire ce livre pour la première fois. Vous irez, comme dans un rêve, d’étonnement en étonnement. Et puis vous dire que, dans la suite, vous serez toujours à travers ces pages le même marcheur émerveillé, car elles ne sauraient jamais rien perdre du charme féerique, de la puissance miraculeuse de leur première rencontre. On en jouit chaque fois davantage. Elles vous rendent toujours plus reconnaissants, meilleurs, plus simples de regard, plus pénétré de foi en la vie, et, dans la vie même, plus heureux et plus grands. Ces vers vivent en résonances infinies. Il m’arrive avec ce livre, à chacune de ses belles pages, de redouter que la suivante ne détruise tout, faisant du meilleur le pire. Mais sa puissance poétique est grande, forte comme un instinct. Elle a des rythmes à elle, sauvages : elle jaillit comme d’un roc.

Il fallait que je vous confie ma vision du Petit Prince pour vous parler de ce film. Pour moi, il est très difficile de saisir la subtilité du conte, sa force, ses valeurs, ses messages. Des passages essentiels sont omis, oubliés, passés… L’allumeur de réverbère, le buveur, le géographe, l’écho, ce passage trop rapide sur les Baobabs, la rose.. nous comprenons que c’est une fleur très orgueilleuse, mais qu’apprenons-nous d’autre sur elle ?… Le vaniteux et le businessman n’ont par contre pas été négligé. Des passages ESSENTIELS jugés « accessoires »…

Deux petits exemples, la scène du renard…

L’explication du mot « Apprivoiser » se résume à  « Si tu m’apprivoises, tu sera pour moi unique au monde, je serai pour toi unique au monde« … et le reste !! « si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé… »

Le secret du renard : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » oui ! mais la suite !?…« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante (…) Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose ».

Et ces 5min sur les roses !!! J’en ai presque honte ! Lui qui se croyait riche d’une fleur unique, et à cet instant il pense ne posséder qu’une rose ordinaire, avons-nous le temps de comprendre ?.. Et l’importance du puit ! Les étoiles comme des grelots qui font rire !

Rien des fondamentaux du Petit Prince n’est vraiment transmis.

De plus, il est très dur de comprendre que les mots de ce vieille homme à cet enfant sont ceux de l’aviateur lorsqu’il se parle à lui-même dans le livre. Comment déceler cela si on ne connait pas ces vers par coeur ? Pourquoi nous infliger la deuxième partie du film, cette fiction inutile, inodore, voir absurde… Une fiction qui nous « expliquerait » le Petit Prince de façon tellement bancale, étroite et restrictive… Une vision du conte si peu riche comparé à ce que nous offre le livre ! Une explication si peu conforme à son enseignement ! Pourquoi faire découvrir ce conte de cette façon ? Sans saveur, incolore… Pourquoi vouloir l’expliquer d’ailleurs !!!??

Par contre… ses longueurs… quelle peinture de la société déplorable et noire, ses regards féroces, quel triste constat de voir cette planète sans coeur, sans émotion donc sans réaction et quelle bêtise de réduire « Le Petit Prince » à cette seule leçon « Ne pas oublier l’enfant qui est en nous » ! Comme si ce livre ne portait que cet unique message !!… Prendrons-nous les gens pour des imbéciles ?!

Je vais vous dire un truc,  quand je rencontre un être qui me parait un peu lucide, je fais l’expérience sur elle du dessin numéro 1 d’Antoine de Saint Exupéry que j’ai recopié…. Je veux savoir si elle était vraiment compréhensive. Si elle me répond, « C’est un chapeau. » Alors je ne lui parle ni de serpents boas, ni de forêts vierges, ni d’étoiles. Je me mets à sa portée. Je lui parle de bridge, de golf, de politique et de cravates. Et cette personne est bien contente de connaître une femme aussi raisonnable. Quant à moi, je me dis « Elle n’est pas de ma planète » alors je reste très distante et superficielle, ne lui confiant aucun de mes secrets….

Les connaisseurs apprécieront malgré tout car ils « savent », les « apprentis » repartiront avec une impression fade d’un des plus beaux contes de ce siècle et sans doute décideront de ne jamais l’ouvrir.

Je suis allée voir le Petit Prince.

Capture d’écran 2015-08-17 à 21.30.34

///Je sais parler du livre, le film me laisse sans voix et surtout sans mot..

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