Lettre à ma grand-mère..

Ce matin, le gris très beau, un ciel long, le vent doux. J’ai envie d’orange… J’aime quand il fait gris et sec, il y a des grands oiseaux noirs qui font la sarabande sur les toits du village. Je me sens légère, ballottée par l’air qui me frotte le visage de quelques bourrades sympathiques.

Hier, je suis allée faire un tour en forêt. C’était bon. Il y avait de la brume et une lueur de soleil, une pluie fine, des oiseaux fins et racés, une odeur très forte de liberté. J’étais calme, j’étais bien. Je me suis assise sur une racine. Et puis ça m’a envahi : J’ai pensé fort à toi… Toi qui viens tout juste de t’envoler… ces messages de souvenirs, un départ trop tôt, la terre, les couleurs, l’harmonie, le chant d’amour de la nature, nos enfants, leur amour…  Je viens de te perdre, quel devrait être le cri de mon cœur ? Je veux que ce cri soit l’ESPOIR, l’espoir de ne jamais te quitter… J’ai regardé ton visage et au fur et à mesure que les images se faisaient place, j’ai pensé que tu ne partais pas si loin finalement, que tu allais rester proche si je le veux vraiment. Si j’en fais une croyance, tout me réapparaîtra sous un jour nouveau, tout ce que j’ai oublié de regarder, tout ce à quoi j’évitais de penser ces dernières heures par crainte du cafard, ou du découragement, tout reviendra en bloc si je m’offres cette heure de liberté. Je revis nos moments, un à un, calmement… J’ai le cœur en fête et je me laisse aller à une joie bruyante et à l’espoir de tes pensées. Tu es loin maintenant, plus rien ne compte sauf ce que nous avons su partager et en y pensant je sens déjà mon cœur se gonfler d’amour et de rire. Je vais essayer Mamy, je vais essayer….

Je t’ai connu avec le sourire mais aussi avec de grandes crises de désespoir. Mais envers et contre tout, tu as toujours eu les yeux rieurs, un cœur débordant de vie, de joie, de jeunesse, avec toujours de la gravité ou de la sagesse en lui, mais sous-tendue par un grand rire plein d’espoir et de confiance. Je t’imagine vivre aujourd’hui comme si tu renaissais, comme tu recommençais une nouvelle vie, ailleurs… c’est cela qui est important. Je suis certaine que tu étais amère parfois, sans le dire, que tu doutais de tout, que tu disais même que « la vie est con » !

C’est drôle… dans cette forêt humide, seule, j’ai regardé ton sourire et je me suis vue te parler, comme un « au revoir » avant ton départ… alors j’ai écouté…

« Aujourd’hui, Mamy, tu respires le bonheur, tu partages mon exubérance. Parfois, je te trouve si adorable, si étourdie, si drôle dans tes réflexions ou tes gestes que j’ai l’impression de me balader avec un bon diable de petit sœur ! On te mettrait une casquette, de grosses chaussettes, des taches de rousseur sur le nez, un bermuda au-dessous des genoux et on t’enverrait à l’école accrocher des casseroles à la queue des chiens ou des poissons d’avril dans le dos des proviseurs !… ah ! ah! ah! ne sois pas fâchée, je trouve ça formidable de te voir si emballée et rieuse ! Comme un enfant en pleine crise de farce !

Tu sais…. Il y a en toi du « Prévert » qui dort d’un œil et que le moindre prétexte fait bondir de joie malicieuse. Ne crois surtout pas que je te fais plus petite ou plus grande que tu n’es ; moi je te vois comme je te vois ! Comme je t’aime et l’amour que je ressens te fait devenir ce que tu es vraiment : une « sacrée » petit bonne-femme, pleine d’amour et de tendresse, chez qui la « tête » passe d’abord par le cœur !!! Tout cela c’est toi, c’est ta sensibilité à fleur de cœur, qui te fait prendre ombrage de la moindre peine et sourire à la moindre tendresse. Quand tu laisses la bride à ton âme, tu es cet être libre, généreux, qui se laisse porter vers tous les attraits de la vie.

Merci Mamy, c’était chouette ta rencontre, plus belle qu’un conte… et puis je t’imaginerai là-bas tout pleine de mystère, de jolies choses cachées. C’est troublant, tu vas partir mais tu fais revivre à ce qui reste de meilleur en moi : l’enthousiasme, l’enfance, la délicatesse. Ta gentillesse si fine, si délicate, si belle ! et ce sourire, ton humour, d’une légère profondeur…

Tu sais, bien souvent, dans ma vie douloureuse, tu ne l’as jamais su mais je me suis recomposée à partir de tes sourires, la seule vérité. Aujourd’hui, ce que je possède de toi, ta pensée, ta voix, nos souvenirs, c’est si doux, si vrai. Cette spontanéité, cet humour, cette jeunesse, ce sang vermeil et chaud, c’était souvent mon soleil rouge, mes couleurs, mon été ! Tu es la Rose du Petit Prince et puis, aussi, son renard et ses mille quatre cent quarante couchers de soleil. Tes messages, tes humeurs, tes mots, ton écoute… tout était si pur car tu es pure. Ta voix changeait au fil des jours, elle était émue, claire, elle se passionnait, elle savait puis ne savait plus. Comme j’aimais tes doutes, tes hésitations, ta pudeur… Tu pénétrais tous les jours au plus sensible, au plus fragile de moi, à mon secret d’existence.

Ah ! Mamy, je vais avoir si mal de ton départ, de ton « éloignement ». Je te voudrais tout devant moi pour toujours… alors je ferai semblant de rire pour m’empêcher de pleurer. Un rire qui étouffera le chagrin. Je penserai au rire des enfants à l’heure du goûter. Mais c’est important les sourires des êtres que l’on aime, de les sentir détendu, de les sentir paisibles et sincères, légers et purs comme l’aube des matins d’été, comme la rosée… alors je ne serai pas triste et je garderai en moi ton sourire à chaque fois que je serais en manque de nos moments.

Tu sais quoi ? Tous les samedis, tant que mon cœur saigne, j’irais trouver une fleur pour toi… Je la garderais, mais elle sera pour toi ! Je suis certaine qu’il fera un temps de pluie, il y aura de l’orage, pleins d’éclairs dans le bois où je te ramasserais cette fleur, et ce sera pour moi un jour très beau parce que je serai avec toi et je me mettrais à aimer l’orage… ça sentira fort la terre et les arbres ! L’odeur de la plaine, de l’herbe ! Tous ces charmes m’empliront les poumons. Je te sentirai très fort contre moi, présente de tout ton être. Pas besoin de fermer les yeux : il suffira de respirer, d’écouter, de regarder, de sentir…. Ce sera peut-être un moment terrible, où tu me manqueras si fort, j’aurais peut-être envie de m’enfuir vers toi pour te prendre dans mes bras, même cinq minutes, et te couvrir de baisers…

Vivement que tout cela s’estompe… Vas-y Mamy, pars ! Va-t’en ! Fous le camp ! Je t’aime Mamy et te garde mille pensées…. Va-t’en maintenant… »

J’écoutais le cœur fébrile et tu as disparu au moment où j’ai croisé un enfant ! J’ai beaucoup aimé écouter cette voix, la voix de cet enfant qui parle à sa grand-mère, c’était peut-être la mienne… J’aime ce qui existe, ce qui bat dans le cœur des mômes. C’est quelque chose de naïf et de pur, qui vit au rythme de l’inconnu, de l’intouchable, qui leur fait, d’instinct, sentir la place et la nature véritable des êtres et des choses, déceler, à travers le mensonge, la part de vérité et leur permet d’entrer dans la porte des sens et de l’imaginaire dans le noyau secret de toute forme d’existence. Et ce que les adultes leur accordent par l’excuse de leur jeunesse, ils l’interdisent quand ces enfants atteignent leur écorce d’homme – ou le ridiculisent en traitant leurs élans les plus naturels, les plus spontanés, d’ « enfantillage » ou de « crises ». Tu savais, toi, ce qu’était un enfant…  Je n’en veux pas aux adultes, je trouve seulement que leur vue se fait courte et basse avec le temps, que leur cœur s’essouffle et se couvre de rides. Toi, tu n’as jamais cessé de comprendre les enfants… L’amour d’une grand-mère est quand même une chose très belle. Il y a quelque chose qui fleuri en nous et souvent cela éclate par toutes les fibres de notre être. Je resterais une enfant quelques jours, je vais pleurer, crier, m’accorder cette générosité d’âme… et je vais me convaincre que c’était ton chemin, notre parcours, ta route et sache Mamy… ton passage ici restera une vraie richesse dans le cœur de ceux qui te pleurent…

Je te le promets… Dans quelques jours,  je ne serais plus triste… Coffee est là, je lui parle, et il me parle de toi…

C’est drôle il miaule quand j’écris cette lettre… Crois-tu qu’il nous entend ?

2 Commentaires

  1. Jean philippe

    Tres belle lettre, beaucoup d’émotions !

    • Merci…
      J’ai toujours du mal à vivre sans elle… La douleur de sa perte est encore en moi… faire le deuil finalement c est quoi ? c’est apprendre à vivre avec l’absence, accepter celle ci et tenter d’avancer sans un être cher qui était un pilier de vie.. pas simple… accepter que La vie débute puis s’arrête et laisse des cœurs brisés…

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